Photographie de Bruno de Hogues et design de Valérie de Bérardinis. Reproduction interdite.
Vous enseignez au sein de l’école d'arts martiaux "La Ki School", pouvez-vous nous en dire plus sur cette école ?
Mon école est issue d’une histoire, celle d’un engagement dans la Voie des Arts Martiaux.
J’ai étudié les arts martiaux depuis l’âge de 8 ans et j’en ai aujourd’hui 47. J’ai donc bientôt passé 40 ans sur les tatamis ! J’ai suivi l’enseignement de professeurs dans différentes disciplines et tous m’ont énormément apporté. Certains m’ont montré une Voie que je voulais suivre, d’autres m’ont indiqué ce que je ne voulais surtout pas faire. Ces deux types d’enseignement, une voie positive et l’autre négative, sont à la fois indispensables et inévitables. Bien sûr, les options que nous rencontrons dans la réalité ne se révèlent pas aussi tranchées mais notre inclination profonde vers tel ou tel chemin tranche pour nous.
A la suite de 17 années passées avec un même professeur, j’ai décidé de quitter son dojo pour tenter l’aventure de la création d’une école. Je sentais que l’heure était venue de prendre la responsabilité d’enseigner, d’ouvrir une piste, de dégager une Voie, de répondre à l’appel des Anciens. Je dois rappeler qu’au sortir du lycée, j’avais opté pour des études de chinois à l’Institut des Langues Orientales à Paris, à l’époque à la Faculté de Dauphine. Malgré le peu de progrès dans l’étude de la langue, je me plongeais dans l’étude du monde chinois. Nous étions en 1980. Je commençais en même temps à approfondir les arts martiaux à Enghien-les-Bains avec Maître Lucien Forni puis en supplément avec Noro senseï à Paris. Je n’ai cessé d’approfondir en parallèle ces deux chemins, des parallèles qui se sont bien souvent croisées !
Avec quelle intensité avez-vous pratiqué ?
Les 17 années qui suivirent furent dédiées à l’étude de la Voie sous la forme Wen et Wu comme disent les Chinois, culture et art martial, Bun et Bu en japonais. Je pratiquais tous les jours, soient 365/365, étant l’uke de mon professeur et son assistant pour les cours enfants et adultes. Au bout de 3 ans, je passais à une pratique intensive. Je me souviens que je me réservais en plus de tous les déplacements à genoux que nous faisions déjà pendant les cours, 1 heure de suwari wasa toutes les semaines, cela faisait environ une centaine d’aller-retours dans le dojo. Je m’arrêtais alors parce qu’il fallait ménager les fissures sous les orteils ! Je répétais par centaines puis par milliers les mouvements de bases. J’ai goûté au travail du bokken, du jo, du bo, du saï, du tonfa, du nunchaku ! J’étais intéressé par apprendre et comprendre. J’ai même fait du bo dans mon petit salon avec fauteuils et table basse … Je voulais connaître les différentes distances, les rythmes de chaque instrument, la distinction entre ligne droite, cercle, ligne brisée, etc. Je raconte cela pour que l’on comprenne qu’il ne faut pas ménager ses efforts si l’on veut devenir enseignant d’arts martiaux. On m’a souvent traité de mono-maniaque mais je pense qu’il faut faire beaucoup pour pouvoir légitimement demander beaucoup à ses élèves. Pour cette raison, je ne critique jamais un enseignant car je connais la dose qu’il faut pour mériter cette appellation. Quant à ceux qui ne vont pas jusqu’à ce niveau d’exigence, eh bien, je dirais que nous ne visons pas la même chose mais je ne leur jetterai certainement pas la pierre tant la difficulté est grande.
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